Réforme du régime forestier : Mashteuiatsh veut accentuer la pression sur Québec
La réforme du régime forestier continue de soulever d’importantes préoccupations chez les Pekuakamiulnuatsh. À la suite d’une rencontre avec la population, le vice-chef Jonathan Gill Verreault était de passage à CHUK FM 107,3 afin de faire le point sur le dossier et sur les prochaines actions envisagées.
La rencontre visait notamment à présenter un état de la situation entourant la réforme du régime forestier et le projet de loi 97, mais aussi à entendre les préoccupations des utilisateurs du territoire.
Selon Jonathan Gill Verreault, la démarche ayant mené au projet de loi demeure problématique pour les Premières Nations.
À la suite des importants feux de forêt de 2023, le gouvernement du Québec avait entrepris une réflexion sur l’avenir des forêts. Les Pekuakamiulnuatsh ont participé à cette démarche en faisant notamment valoir l’importance de prendre part à la planification et à l’aménagement du territoire. Le vice-chef soutient toutefois que cette démarche ne constituait pas, à leurs yeux, une consultation adéquate répondant aux obligations constitutionnelles du gouvernement envers les Premières Nations.
Un rejet du projet de loi dans sa forme actuelle
La rencontre avec la population a permis de constater une volonté commune : le projet de loi, dans sa forme actuelle, ne répond pas aux attentes exprimées.
Jonathan-Guy Verreault affirme que plusieurs pistes de solution et préoccupations ont déjà été présentées au gouvernement. Selon lui, le problème n’est donc pas l’absence de propositions de la part des Premières Nations, mais plutôt la difficulté à faire entendre celles-ci dans le processus actuel.
Les échanges avec la population ont également fait ressortir plusieurs préoccupations concernant la planification forestière, la protection de la biodiversité, les vieilles forêts ainsi que les répercussions des coupes sur la pratique des activités traditionnelles. Un constat important ressort toutefois de la rencontre : les participants ne sont pas nécessairement opposés à l’exploitation forestière.
C’est davantage la manière d’aménager et d’exploiter la forêt qui est remise en question, particulièrement lorsque les coupes touchent de grandes superficies ou des secteurs ayant déjà connu une importante activité forestière.
Une volonté d’accentuer la mobilisation
Devant l’insatisfaction exprimée, le conseil souhaite maintenant travailler plus étroitement avec la population et les utilisateurs du territoire afin de déterminer les prochaines actions. Pour Jonathan Gill Verreault, le droit de manifester doit être respecté, mais les actions doivent demeurer pacifiques. Il insiste également sur le fait que les travailleurs forestiers ne devraient pas être la cible des mobilisations.
« La cible devrait, quant à nous, demeurer les gouvernements », explique-t-il.
Des citoyens auraient d’ailleurs manifesté leur volonté de participer à de nouvelles actions pacifiques sur le territoire afin d’augmenter la pression sur Québec.
Une table de haut niveau avec le gouvernement
Parallèlement aux mobilisations, les discussions politiques se poursuivent. Jonathan Gill Verreault participe à une table de haut niveau avec la ministre responsable du dossier, aux côtés de représentants de plusieurs Premières Nations touchées par les activités forestières au Québec.
L’objectif est notamment de travailler sur des amendements au projet de loi et sur les mécanismes de consultation des Premières Nations. Le vice-chef souligne également la solidarité des communautés représentées au sein de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador dans ce dossier.
Malgré ces discussions, il demeure prudent quant à la possibilité de voir des changements suffisamment importants être apportés au projet de loi.
Des recours juridiques toujours possibles
Si le projet de loi devait aller de l’avant sans répondre aux préoccupations des Premières Nations, différentes options pourraient être envisagées.
Jonathan Gill Verreault évoque notamment la possibilité de recours juridiques liés au respect de l’obligation de consultation et aux droits des Premières Nations. Il fait un parallèle avec le dossier du caribou forestier, dans lequel une décision judiciaire avait notamment remis en question la façon dont la consultation des Premières Nations avait été menée. Pour le conseil, aucune avenue n’est donc écartée pour la suite du dossier.
Continuer d’informer et de travailler avec la population
D’autres rencontres pourraient être organisées selon l’évolution des discussions avec Québec. Les élus envisagent également la création d’un comité de travail avec des utilisateurs du territoire afin de réfléchir aux prochaines actions et aux changements qui devraient être réclamés au gouvernement. Pour Jonathan Gill Verreault, cette proximité avec la population est essentielle dans un dossier qui dépasse largement la seule question de l’industrie forestière.
« La forêt, c’est le cœur de qui on est, de notre identité. »
Pourquoi les Pekuakamiulnuatsh rejettent-ils le projet de loi dans sa forme actuelle? Quelles actions pourraient être entreprises et jusqu’où le conseil est-il prêt à aller pour faire respecter ses positions? Écoutez notre entrevue complète avec le vice-chef Jonathan Gill Verreault sur CHUK FM 107,3.